Portraits du littoral - Pierre Lesueur

Portraits du littoral

Le littoral Grand Ouest est un territoire profondément humain. La diversité des profils qui l’habitent forme une  énergie commune et chaque habitant porte en lui une partie de la Grande Histoire de cette région côtière. Ces gens ont quelque chose de différent, d'unique, une petite flamme qui semble animer tous ceux qui  vivent près de l'océan...


Pendant 9 jours, muni de mon appareil photo et de mon carnets de notes, j'ai pris la route du sud vendéen aux plage normandes en partant à la rencontre de certains d'entre eux, croisés au gré de mon itinérance.


Surfeur, maraichère, aventurière, musicien, chef d'entreprise...  découvrez leurs rêves d'enfants, leurs aventures, leurs regards sur le monde, qui disent quelque chose de ce littoral, des projets qui s'y créent, des passions qui s'y vivent, des personnalités uniques qui le composent.


Un projet en collaboration avec l'agence nantaise B SIDE pour le Crédit Maritime Grand Ouest.Textes et photographies : Pierre Lesueur


"Mon rêve d'Océan"

Pascal, Jard sur Mer, mai 2019

"J'ai 10 ans, je marche sur les bords de la Sarthe, tout près du Mans, où je vis depuis ma naissance. Je viens souvent sur ces berges et à chaque fois je m’interroge pour savoir ce qu’il y a derrière ce grand méandre au loin, et à quelle distance peut bien être cet océan que ma rivière alimente. C'est à cet âge que naît un rêve récurrent que je n'ai cessé de faire jusqu'à mes 48 ans : monter dans un kayak ou un canoë depuis ces rives et partir rejoindre la mer !


Ce rêve a accompagné mes nuits pendant plus de 30 ans, plusieurs fois par an, et toujours je me réveillais déçu de ne pas avoir atteint et vu la mer.... J'avais beau avoir fait des compétitions de planche à voile, exploré le littoral, navigué sur toute la côte atlantique, cette route fluviale restait une obsession et tant que je ne l'avais pas parcourue, ce rêve continuait de hanter mes nuits régulièrement. Puis un jour, à la veille de m'installer en Vendée, je décide enfin de partir rejoindre cet océan depuis les rives de mon enfance !


Alternant entre un kayak et une planche à voile, je navigue sur Sarthe, la Maine, la Loire, et enfin, après le pont de Saint Nazaire, je longe la côte jusqu'à mon arrivée sur les côtes du sud de la Vendée. Mon plus beau souvenir reste ce passage sous les piles du pont de Saint Nazaire. J’arrivais dans le brouillard, ne distinguais plus les rives de l’immense estuaire tant les nuages étaient bas et épais et à peine je franchissais le pont que le vent se levait, les nuages se dispersaient et le soleil inondait l'océan, comme pour célébrer la réalisation d’un rêve de 30 ans... Depuis je vis en bord de mer et je ne passe plus une journée sans sortir ramer, faire de la planche, entraîner des champions, glisser sur les vagues... je n'ai plus jamais refait ce rêve et je crois bien que c'est parce que je le vis au quotidien, en vivant là où j'ai toujours voulu être..."

"Le port de pêche est ma maison"

Dominique, les Sables d'Olonne, mai 2019

"La mer c'est ma vie, et c'est ici, aux Sables d'Olonne, que j'ai choisi de travailler et de vivre mes passions. La nuit, je suis agent de maîtrise à la Criée des Sables d'Olonne. L'après midi quand vient l'heure de la débauche, je passe toujours devant l'océan pour voir si les conditions météo me permettent d'aller surfer, faire de la planche ou de la plongée. Les chantiers navals sont mon jardin, le port de pêche ma maison. Je n'aurai jamais pu concevoir d'habiter autre part qu'ici. J'y trouve un bonheur qu'il est difficile de décrire.


Les paysages, l'horizon, les coups de vent, les nuits où nous nous affairons à gérer les arrivages des pêcheurs pendant que la ville dort encore.... tout cela participe de la magie des lieux. Mais ce sont les surtout les habitants qui font ce territoire et qu'il s'agisse de mes amis sportifs comme de mes collègues de travail, les gens de mer sont des camarades vrais, sans faux semblants et c'est cela que j'adore. On se dit les choses franchement, on est solidaires, on s'entraide, on travaille ensemble, quelles que soient les conditions qui peuvent parfois être rugueuses ! La criée est un monde en soi, un monde où se rassemblent pêcheurs, mareyeurs, acheteurs, au service d'une production de poissons et crustacés parmi les plus qualitatives d'Europe.


Je suis profondément fier de faire partie de cet univers, une criée héritière des premiers centres de marée dédiés à la pêche à la morue puis aux conserveries, que nous avons transformé en un centre de marée moderne qui est aujourd'hui un des plus grands de France. Ma vie n’aura été consacrée qu’à vivre cette passion pour l’océan, de jour comme de nuit..."

"Faire parler les lieux"

Michel, Saint Jean de Monts, mai 2019

"Arrivé à la retraite, j'ai réalisé combien j'avais eu une chance extraordinaire dans ma vie. Né d'une famille modeste, l'ascenseur social a pleinement fonctionné pour moi et m'a permis de mener une carrière tout aussi épanouissante que inespérée, grâce à l'éducation qui m'avait été donnée, mais également grâce aux gens que j'ai pu rencontrer.


Souhaitant rendre ce que j'estimais m'avoir été donné, je me suis interrogé sur ce que je pouvais transmettre alors arrivé au soir de ma carrière professionnelle. En dehors de mon métier d'expert communautaire en politique sociale, j'avais été chroniqueur de films, de théâtre et de livres pour la presse écrite et la radio. Et c'est cette part artistique que j'ai souhaité transmettre, en me disant qu'il n'y avait aucun élitisme qui vaille, et notamment dans le domaine de l'écriture. Alors pourquoi ne pas monter une association qui viserait à permettre à ceux qui le souhaitent de tester leur capacité d'écriture, et de bénéficier d'un accompagnement pour les mener jusqu'à l'édition ? Inspirés de la phrase de Cicéron "Les lieux nous parlent, écoutons les", nous fondions la maison d'édition "Parler les Lieux" et dès la première année, nous publiions un recueil de femmes et d'hommes ayant toujours rêvé d'écrire sur leur territoire. Ce premier recueil s'est vu attribué un premier prix littéraire, ce qui nous a amenés à voir venir vers nous de nombreux candidats souhaitant participer à l'aventure.


Notre angle éditorial est resté le même : proposer un lieu, comme le moulin de Rairé à Sallertaine, ou encore la Cahouette, ce long canal vendéen pluri centenaire, et d'écrire des histoires pour "faire parler ces lieux"... Aujourd'hui j'ai le bonheur de constater que le projet a fait des émules, a attiré aussi bien des écrivains professionnels que des amateurs éclairés, que nous avons accompagnés avec beaucoup de plaisir dans nos comités de lecture et d'échange. Notre engagement de départ est resté le même, nous éditons celui qui souhaitera vraiment l'être, même si nous n'avons pas confirmation de ses capacités d'écriture avant de nous engager. Nous croyons qu'une personne qui souhaite profondément écrire arrivera toujours à exprimer de belles choses, pourvu qu'elle soit accompagnée, guidée, ou soulagée de ses peurs, grâce à un comité de professionnels bienveillants. Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, ce projet né du cœur et de la volonté de transmettre se suffit à lui même. Il a permis de constituer une communauté d'auteurs qui n'étant pas encore forcément affirmés dans leur art, sont cependant publiés en compagnie d'écrivains chevronnés. Pour ma part, je reçois cela comme un cadeau, et ne peut cacher ma joie de voir ces talents faire aussi parler des lieux chargés de sens et d'histoires..."

"Le végétal, l'animal et l'humain"

Claire, La Chaize le Vicomte, mai 2019

"Je suis partie une première fois avec mes deux juments et mon chien, pendant 3 mois, en autonomie, de mes terres vendéennes jusque dans la Creuse, en Dordogne, en Corrèze... De rencontres en rencontres, de paysage en paysage, j'ai goûté à une forme de liberté qui me correspondait pleinement, une liberté faite de marche lente, de rencontres au hasard des chemins, d'une vie simple au contact de la nature...


Au fil des années, forte de mes expériences d'itinérance, souhaitant mettre mes compétences de menuisière à mon propre service, j'ai dessiné, conçu et co-construit cette Tiny House qui est devenue mon lieu de vie. Je me suis installée ici en pleine campagne vendéenne où je vis désormais, entourée de mes chevaux et de mon chien. C'est ici que vis, mais c'est également ici que je puise mon inspiration pour dessiner, concevoir des objets de bois que je vends, imagine des lieux à vivre pour lesquels j'établis les plans et accompagne la phase de construction, ou encore donne libre court à ma passion pour la photographie de nature... La Tiny house est entièrement mobile, et si l'ancrage ne me rebute pas, j'aime l'idée de pouvoir déplacer ma maison...


Je ne me sens pas avoir besoin de grands espaces intérieurs pour me sentir bien, davantage de grands espaces extérieurs... J'aime à contempler la rosée des petits matins sur les pétales de fleur, le travail des araignées qui tissent leurs toiles entre les branches, sentir la puissance et la vie de mes amis les arbres qui m'entourent, écouter le vent dans les branches, voir combien mes animaux sont heureux en vivant au plus proche de leurs besoins. C'est une vie finalement assez simple, où je ne revendique rien d'autre que le bonheur d'être au contact de mes sources d'inspiration : le végétal, l'animal et l'humain..."

"Ces plantes miraculeuses !"

Sandra, Brétignolles sur Mer, mai 2019

"Je suis une passionnée de plantes sauvages, d'algues, de cuisine et du "faire soi-même"... Née en Bretagne, à Rennes, j'ai grandi dans cette culture indépendantiste qui m'a amené très tôt à me passionner pour l'autonomie alimentaire, tout en rêvant de vivre en bord de mer et d'inventer mon métier...


Aujourd'hui j'ai donné vie à ces rêves, en vivant sur le littoral vendéen, et en m'étant lancé dans le métier de la découverte des plantes et des algues, tout en ayant lancé ma propre fabrication de savons artisanaux. De lectures d'ouvrages botaniques en cours de cuisine, de rencontres en stages, j'ai progressivement créé ces différents métiers, dont l'ambition est d'abord une volonté de transmettre, partant du principe que tout savoir non transmis est perdu... C'est pour cela que lorsque des gens viennent à mes balades découvertes des plantes des dunes et des algues, je les incite à transmettre les connaissances ce que j'ai pu leur apprendre.


Les algues sont à notre disposition, tout comme les plantes (de nombreuses espèces sont protégées), nombre d'entre elles ont des vertus gustatives et nutritives exceptionnelles. J'ai un plaisir immodéré à partager mes connaissances de cette flore maritime à côté de laquelle nombre d'entre nous passent sans avoir idée de la richesse qu'elle peuvent contenir ! Blette maritime, cheveux de mer, laitue de mer, Nori, Grateloupia Turuturu, fermez les yeux, touchez les textures et laissez vous tenter par ces plantes miraculeuses !"

"Au service des surfeurs"

Mathieu, Olonne sur Mer, mai 2019

A la base je venais du BMX et j'ai commencé par construire des bosses pour des pistes de bicross. Quand je me suis mis au surf, j'ai rapidement voulu me faire ma propre planche. Je n'avais pas beaucoup d'argent, j'étais bricoleur et le challenge m'a plu. J'ai fait ça sans prétention, sans même avoir l'idée d'en faire mon métier.


Je crois qu'à cette époque, je ne savais même pas que le métier de shaper existait ! Puis voyant le succès de ma planche auprès de mes copains, j'ai commencé à leur fabriquer les leurs, pour quelques années plus tard passer à un rythme de 150 planches par an, que je fabriquais en plus de mon travail. Autant dire que les journées étaient longues ! Aujourd'hui, je produis plus de 350 planches à l'année, et je suis heureux de faire rayonner une production vendéenne partout sur le territoire, et au delà. Les commandes viennent désormais du monde entier : Caraïbes, Tahiti, Indonésie… Le métier est loin d'être facile et j'incite toujours les jeunes qui viennent me voir en rêvant de devenir shaper à bien mesurer le rapport entre le temps consacré et la rentabilité de ce travail, en comprenant aussi que le temps qu'on consacre à fabriquer des planches, n'est pas du temps consacré à surfer !


C'est un métier passion, dédié au travail sur mesure, où je trouve un épanouissement total dans la relation avec mes clients : affiner le projet, répondre le plus précisément possible aux attentes de chaque surfeur, voilà une source de motivation ! Et rien ne me fait plus plaisir que quand je reçois une belle photo d'un surfeur qui prends un tube sur une vague magique avec une de mes planches sous les pieds. Je garde un profond enracinement dans ce littoral vendéen, et c'est d'abord grâce aux surfeurs locaux que j'ai pu développer mes compétences et faire connaître mon travail.

"Du blues à la pêche en bord de Loire"

Thomas, Champtoceaux, juin 2019

"Beaucoup de musiciens de blues sont pêcheurs, c'en est même étonnant ! C'est mon cas et je ne pourrai pas envisager ma carrière de musicien sans cet équilibre que m'apporte ces moments où je viens me ressourcer en pleine nature. Je passe ma vie sur la route, en studio, sur scène en France ou ailleurs , dans des univers où nous sommes souvent en mouvement, dans le bruit des villes ou à passer de longues journées de voyage...


Ici, en bord de Loire, je retrouve quelque chose d'essentiel, un moment de quiétude qui s'apparente presque à de la méditation. Je viens souvent y pêcher, pour le plaisir d'être seul au bord de l'eau, me concentrer sur cette pratique que j'adore depuis gamin, retrouver le silence, me sentir connecté à des éléments simples et essentiels tels que l'eau d'un fleuve qui caresse les rochers, un vol de migrateurs qui part vers l'horizon, les reflets des sandres et des carpes qui passent près de la surface et filent dans le courant. Lorsque je reviens de ces moments en bord de rivière, j'aborde mes séances de studio ou la préparation de mes prochains concerts avec une oreille différente, comme neuve ! La musique est un art où il faut savoir donner tout ce qu'on a, savoir déconnecter ses pensées et laisser parler des émotions pures, qui viennent du coeur sans avoir été filtrées...


Ces moments privilégiés dans la nature me permettent de renouveler mes idées, retrouver mon inspiration, relancer ma motivation à donner le meilleur de moi-même avec mon harmonica au service de la musique. Je suis joueur de blues, mes racines musicales sont profondément ancrées dans le sud de l'Amérique, de la Louisiane aux rives du Mississippi et ces bords de Loire ne sont pas sans m'évoquer ces grands deltas où sont nés des artistes qui m'inspirent depuis toujours. A propos de pêche et de blues, il existe de nombreux morceaux intitulés "fishing blues" depuis près d'un siècle, preuve que pêche et musique ont développé des liens depuis bien des générations."

"Passages de vie"

Joelle, Nantes, juin 2019

Cette grue jaune marque le passage de l'eau au coeur de Nantes. J'aime y venir et contempler le flot qui s'écoule. J'ai descendu la Loire de sa source jusqu'à l'océan, seule, debout sur ma planche de SUP à partir du Puy en Velay et depuis je vois son cours comme une immense métaphore de la vie. Alors qu'on en parle comme du dernier grand fleuve sauvage d'Europe, elle est en réalité presque entièrement gérée, rangée, sécurisée, parfois canalisée à la manière de nos vies modernes.


Heureusement il y a encore les jours de grand vent comme aujourd'hui pour la faire blanchir, se rebeller, chanter et nous convaincre que nous sommes encore bien fragiles. Ici sur ces quais j'entends le bruissement du passé industriel de Nantes, le brouhaha des ouvriers affairés sur les chantiers navals, le fracas des bateaux glissant sur les rampes de mise à l'eau, la gerbe magnifique de la première rencontre entre l'acier et le grand fleuve. J'entends le bouillonnement de la ville, citée de passages, de voyages, où l'océan est toujours présent entraînant l'imagination vers plus loin, là où tous les rêves deviennent possibles. Les miens m'ont conduit à chevaucher des fleuves, traverser des montagnes et parcourir des déserts, toujours à la recherche de l'infini.


Marcher dans les immensités minérales, naviguer au milieu des ergs puis reprendre pied sur les espèces de croûtes que le vent dégage à son gré, y apercevoir des fragments de poteries ou de pierres taillées, entendre le murmure des humains qui y sont passés autrefois , toucher leurs empreintes subtiles et penser qu'en un instant, en un souffle, tout cela disparaîtra à nouveau, englouti par le sable...c'est cela qui me donne de l'émotion... l'idée que nous ne sommes que de passage... un passage dans lequel je m’applique à régulièrement faire le tri, n’accumulant ni photos ni papiers.... Je préfère les étoiles, elles sont des parts de mon âme, légères, impalpables, non consumables.

"Se connecter à soi, être lié aux autres"

Nadège, Pornic, juin 2019

"J'ai développé une passion pour des sports tels que le yoga, le tissu et le cerceau aérien, tout ce qui me permet de me rencontrer, me reconnecter avec moi même, m'apporter de l'harmonie tout en assumant mes paradoxes...la légèreté et la gravité, l'insouciance et la persévérance, le sérieux et la désinvolture...j'aime les sensations qu'apportent ces disciplines : la méditation, la maîtrise de soi, le contrôle de son souffle, la sensation de d'entrer en connexion avec les éléments comme ici en bord de mer...


Dans ces moments privilégiés, je renforce le sentiment que nous sommes profondément liés les uns aux autres : humains, faune, flore, environnement, éléments...ce cercle vertueux auquel nous appartenons est sans cesse menacé et je pense que notre responsabilité individuelle et collective est de tout mettre en oeuvre pour sauver et rétablir cet équilibre si fragile : ainsi à côté de mes pratiques sportives, je tente comme je peux d'apporter ma pierre à l'édifice de la solidarité et j'oeuvre à l'accueil des personnes étrangères sur le territoire.


De cours de français en cours de sport, j'essaie d'apporter un peu de réconfort à celles et ceux qui sont parvenues jusque là, dans ces centres d'accueil, et de leur tendre la main après qu'on leur ait fermé tant de portes.... le sport et la méditation sont des moyens comme d'autres de leur offrir une respiration, un souffle d'espoir et d'énergie. "Le rejet, la négation et la haine de l'autre, c'est en fin de compte le rejet, la négation et la haine de soi-même". Ces mots de Madeleine Goldstein accompagnent chaque mouvement, chaque respiration que je viens trouver ici, pour me reconnecter à moi, et donc aux autres."

"La magie des danses et musiques bretonnes"

Julie, Vannes, juin 2019

"Vers 18 ans, j'ai eu l’occasion d’accompagner mes grands parents à une fête estivale traditionnelle bretonne. Elle se clôturait par un fest noz. Je m’y suis rendue sans grande hâte, avec juste le plaisir d’un moment partagé à leurs côtés. Mélomane et pratiquant la musique en dilettante, j'avais une image un peu vieillissante et folklorique de ce genre de fête...


En arrivant sur les lieux, j'ai tout de suite été saisie par le talent des musiciens, l'énergie et le sourire des danseurs, la mixité sociale et générationnelle, la convivialité, une facilité de se mêler à une énergie indescriptible unissant les rondes… J'ai été rapidement sous le charme de ces rites tribaux, ces pratiques qui peuvent nous emmener tous dans des farandoles lentes et saccadées aux rythmes enivrants de musiques étrangères à nos oreilles occidentales. Moi qui n'avais jamais dansé de façon codifiée, j'ai ressenti instantanément l'envie d'entrer dans ces rondes, de me fondre dans ces chaînes humaines, de participer à ces fêtes si éloignées de nos codes modernes et rationnels. J’y ai trouvé des valeurs : l'enracinement dans la culture bretonne, ses liens avec un monde riche de musiciens et d’artistes de façon générales, la chaleur humaine et l’envie de participer à de multiples organisations et associations qui gravitent autour. Elles ont cette capacité de produire des moments magiques que l'on ne retrouve nulle part ailleurs. Rapidement l'on devient dépendant, accros de ces musiques et de ces danses. C’est bon pour la tête et le corps! Le fest noz est « populaire » et surtout à ne pas associer à des manifestations folkloriques ou touristiques. C’est une forme de danse ancestrale, préservée en Bretagne bien qu'elle ait existé partout en Europe, qui peut amener ses participants dans une forme de transe.


Presque 15 ans après le premier pas (de danse!) dans ces « fêtes de la nuit », je continue de participer et/ou d’apporter ma contribution à la réussite de ces événements, partout sur le territoire breton. Je n’hésite pas à rouler 2 heures le samedi en soirée pour retrouver des amis danseurs, écouter ces musiciens de talents, partager ces moments d'échanges où nous nous sentons unis, en synergie, par des traditions dont nous faisons évoluer les pas et les sonorités. Le fest noz est aujourd’hui au centre d'un intense bouillonnement d'expériences musicales. Beaucoup de jeunes (et moins jeunes) découvrent la musique et la danse bretonne et s'en emparent : le fest-noz devient une manifestation urbaine. De nombreuses associations en organisent parfois dans un but militant ou même lucratif. Les interprètes sont professionnels pour la plupart ou amateurs de talents et souvent de génie, proposants des phrasés novateurs et capables de faire danser des milliers de personne dans une ambiance de fête incomparable! L’interaction est palpable: il n’y aurait de musicien sans danseur et beaucoup de musiciens se retrouvent dans la ronde après leur set… Les musiciens ont autant besoin de nous que nous avons besoin d'eux. Nous vivons leur musique. Nous fêtons chaque samedi et parfois davantage l’été, notre culture si riche, la musique et le plaisir d’être ensemble sur un territoire de légendes et de traditions fortes qui vit au présent…"

"Dessiner, sculpter et transmettre"

Jean, Plouray, juin 2019

"La maitresse de maternelle avait dit à ma mère "il ne fait rien, il ne fait qu'observer tout ce qui l'entoure...!". Et c'était vrai. Dans la classe comme dans la boutique de vente de cuir pour cordonniers de mes grands parents où j'allais passer mes temps libre, je regardais chaque détail, mémorisais les visages, les lumières, les perspectives....et ne pensais qu'à dessiner...


Cette sensibilité m'a amené assez naturellement jusqu'aux Beaux Arts, avant de devenir enseignant en arts plastiques et de travailler en parallèle dans la bande dessinée et la publicité pendant plus de 40 ans. Touche à tout, j'ai réalisé des fresques, travaillé des aquarelles, des peintures, collaboré à la revue automobile «Échappement» en 73 à l'époque de la Gordini, en faisant revivre des courses sous forme de BD et en croquant également les pilotes. Un expérience passionnante qui m'a notamment permis de rencontrer des personnalités fabuleuses telles que Jean Louis Trintignant ou de Jean Tabary, le dessinateur d’Iznogoud... Je vis aujourd'hui dans cette belle Bretagne, où je continue à donner des cours de dessin, participe à des ateliers de photo ou de sculpture avec les habitants des villages environnants.


J'ai gardé beaucoup de connexions avec les élèves que j'ai eu tout au long de ma carrière et ce qui est drôle c'est que ma mémoire visuelle me permet de pratiquement me souvenir des dessins de chacun avant même de me remémorer leur nom de famille. Ils sont pourtant quelques milliers... D'ailleurs il y a peu, de passage dans la ville où j'avais enseigné, j'avais croisé un grand bonhomme derrière sa poussette qui me lançait "eh monsieur, vous me reconnaissez, j'adorais vos cours !". Je ne me rappelais pas de son nom mais son visage m'a immédiatement fait me souvenir d'un de ses dessins : "Oui, je me rappelle que tu avais fait un petit canard, dans un étang, vu du dessus. Le canard était vu de profil, tu avais fait une erreur de perspective mais c'était pas mal" Oh la vache m'a t'il dit, c'est pas possible, moi même j'avais oublié !


A côté du dessin, j'ai aussi longtemps enseigné dans l'audiovisuel, et j'ai un bonheur fou à apprendre que d'anciens élèves se sont pris de passion pour ces matières, ou en ont fait leur métier. Certains m'ont rappelé mes cours, mais surtout la confiance que je leur faisais en leur confiant parfois du matériel les week end pour qu'ils puissent faire leurs expériences et donnent libre court à leur créativité. Pour ma part, je n'ai jamais chercher à briller ou à être connu, et trouve un plaisir infini à continuer de transmettre ici dans ma campagne, dessiner encore chaque jour, utilisant tout ce qui me passe sous la main pour m'amuser, qu'il s'agisse d'un crayon, d'un karcher, d'un pinceau, ou de mes propres mains pour sculpter la terre."

"Surfer pour explorer"

Erwan, Lorient, juin 2019

"Lorient est mon camp de base depuis toujours. J'ai grandi et appris le surf à Fort Bloqué et lorsque je suis de retour de mes voyages, j'aime à me balader ici sur le Quai des Indes, depuis l'arsenal jusqu'aux archives de la marine qui regorgent d'histoires d'aventures captivantes...


Je consacre ma vie à ma passion pour le surf et l'exploration, qui m'amène à parcourir le monde en quête de vagues qui n'ont été que peu ou pas surfées : Mauritanie, Sierra Léone, Algérie, Ghana, Bangladesh, Chine, Philippines, Papouasie, Madagascar, les Îles Barren, Les Comores, Haïti, Chypre, Malte, Monténégro, Libye, Egypte, Taïwan... voilà 15 ans que je pars en solo ou en équipe avec un photographe après un travail approfondi de recherche. Mon but est à la fois d'aller surfer sur des vagues peu ou pas connues, mais également de ramener des récits et des photos de ces explorations pour emmener nos lecteurs hors des sentiers battus et vers des rivages méconnus. J'ai notamment publié 10 ans d'exploration dans mon ouvrage Surf Explore, un livre dont l'objectif est d'interpeller ceux qui aiment la nature, les paysages, les gens, le vagabondage... je tente également d'y décrire "l'identité" de chaque vague : leur environnement naturel, leur contexte culturel et humain... Bien entendu j'adore surfer sur des eaux turquoises, mais j'ai autant voir plus de sensations à monter une expédition qui m'amène dans les Balkans par exemple, trouver cette vague au pied d'une montagne vertigineuse, rentrer et croiser des locaux qui voyagent en calèche, découvrir des plats, partager des anecdotes, échanger sur nos traditions respectives...


Derrière le surf, mon but est d'explorer la planète pour y découvrir sa diversité culturelle, dire la beauté des rencontres imprévues, mais aussi la fragilité de ces écosystèmes qui subissent de plein fouet un développement économique massif et tentaculaire. A ce titre, j'ai récolté des échantillons d'eau de mer pendant 3 ans sur une dizaine de destinations que j'envoyais à un laboratoire américain pour calculer le niveau de pollution au micro plastique dans les océans. Le constat est sans appel, cette pollution d'un plastique devenu invisible est conséquente et globale, elle atteint désormais les zones les plus reculées du monde... On estime que dans les 10 ans, il y aura davantage de plastiques que de poissons dans les océans.. les vagues elles mêmes tendent à disparaître, sous l'effet de la construction de ports, de digues, de villes, et avec elle, c'est tout un écosystème marin, une faune, une flore, une population, des traditions, qui s'éteignent…"

"Le gâteau de ma mère"

Younnick, Lorient, juin 2019

"Je suis né ici non loin de Lorient et j'ai grandi dans la région. Après un BTS technique et une formation électrotechnique, j'ai travaillé dans le secteur maritime en particulier dans l’ingénierie navale, avant de créer mon propre site d’emploi des professionnels de la mer. Rêvant de revenir dans ma ville natale et de donner vie à un projet qui soit au plus près de mes racines, j'ai toujours gardé en tête le succès qu'avait maman avec son gâteau breton lors de la fête du village près d’Etel.


Alors il y a quelques années, je lui ai demandé de me refaire son fameux gâteau et de m’en révéler sa recette... Prenant bien note de tous les détails, j’ai régulièrement fait des essais, retravaillé sans cesse pour élaborer mon propre gâteau... D'abord fabriqué avec la farine de froment, j'ai commencé à tester un 50% froment, 50% blé noir. Et là ça a été le déclic. J'ai adoré, mes copains aussi ! Je me suis rapproché d'un pâtissier, me suis mis en quête d'ingrédients bios et fabriqués en Bretagne, ait tenté de premiers concours, multiplié les dégustations jusqu'à me lancer pleinement dans l'activité en revenant ici, sur la terre de mes ancêtres.


Aujourd’hui je ne fabrique que du 100% blé noir. Revenir aux sources, c'est aussi s’implanter localement en faisant les marchés au contact d'une clientèle exigeante et sachant parfaitement dire ce qu'est un bon gâteau breton... d’autant que c’est à deux pas de Lorient, dans la ville de Port Louis, que ce gâteau est né il y a près de deux siècles... les cuisinières et cuisiniers de la région savent donc bien ce qui distingue une pâle copie d’un véritable gâteau au goût irrésistible! Je dois mon succès à l'introduction du blé noir dans ma recette, et mon « craquant » (avec des graines de kasha) est devenu un incontournable pour mes clients ! Je n'aurai jamais imaginé pouvoir un jour donner un sens aussi fort à une aventure professionnelle, dans laquelle je transmets une recette familiale, offre du plaisir aux gens, tout en vivant là où j'ai toujours souhaité revenir : ma Bretagne !"

"A la convergence entre l'art et la santé"

Jean Pierre, Hennebont, juin 2019

"Viscéralement attaché à la Bretagne, je n'ai jamais eu le désir ou le projet de vivre ailleurs. Des Etats Unis à l'Asie, la vie m'a amené à beaucoup voyager, mais j'ai toujours ressenti un bonheur intense à revenir ici, chez moi... J'aime les paysages de notre région, l'eau des rivières comme celle de la côte.


J'aime le centre Bretagne, quelquefois désertique, quelque fois très vert. J'aime tout autant les rives du Cap Fréhel comme celles de la baie de Carnac. J'aime nos traditions, notre langue, la danse et la musique bretonne, ces formes d’expressions de notre culture sont mes passions premières, et qui rythment ma vie depuis l'enfance. J'ai d'ailleurs intégré la musique à mon métier de Naturopathe voilà quelques années, en proposant des ateliers de relaxation et de médiation à l'aide de sons et de rythmes, une méthode qui apporte des bienfaits dans le processus d’aide à la guérison.


Un peu partout en Bretagne, j'ai proposé des ateliers pour aider mes patients à se relaxer, se décontracter, et trouver une forme de bien être. La musique m'est apparue comme un excellent complément à la naturopathie. Quand l'une vise à aider par une alimentation saine, une bonne hygiène de vie, ainsi que l'usage des plantes dans une optique de prévention complémentaire à la médecine conventionnelle, l'autre propose de la musique et des sons pour aider à trouver une voie vers l'apaisement et le retour à soi.


Toutes ces disciplines m'ont amenées à écrire un livre, à faire des conférences, sortir un album de musiques relaxantes et méditatives, et proposer des soins sur toute la région. Riche de mon expérience et de ma réflexion, j'ai aujourd'hui le projet d'ouvrir un lieu dans le Morbihan à la convergence de l’art et de la santé : un lieu d'échange, de réflexion et de partage, où la musique et la danse seront présents d’une manière ou d’une autre ... Situé à la croisée des chemins en Bretagne, j'espère y faire venir des gens de toute notre région, pour y découvrir un lieu accueillant et inspirant …"

"Cultiver la liberté"

Dena, Douarnenez, juin 2019

"Je suis née au Pays de Galles, près de Cardiff et je vis depuis plus de 30 ans ici, à Douarnenez. La Bretagne et le Pays de Galles ne partagent pas que le même hymne national... je retrouve ici ce que l'on peut appeler la "Celtitude", c'est à dire cette âme celte qui unit les gens de mon pays natal aux habitants de la Cornouaille anglaise, de la Galice ou du Finistère... des racines communes qui me font me sentir chez moi dans ces paysages, ces ambiances, ces cultures... Je suis la seule d'une fratrie de 6 enfants à avoir quitté ma campagne galloise pour voyager et vivre ailleurs et j'ai toujours cultivé ce goût du voyage et de la découverte.


A mes petits enfants que j'ai la chance d'avoir près de moi, je transmets d'abord ce message qui a guidé ma vie : « restez libre, cultivez votre liberté ! ». J'ai à coeur d'encourager chacun à réaliser ses rêves, vivre l’instant présent, ne juger personne, s’autoriser l’échec pour mieux réussir après, savoir inventer sa vie...


C’est cette philosophie qui m’a permis de faire tant de métiers, de l’enseignement en école de commerce à écrivain public à la pointe du Raz, de rédactrice dans une radio à professeur d’anglais auprès des personnes isolées dans certains villages du Finistère... dans ces lieux comme à Douarnenez ou ailleurs, j’ai toujours trouvé ma place, en cultivant ce goût des autres qui m'a permis de vivre une vie remplie et heureuse. Et puis il y a cet océan que j’aime tant regarder, un endroit où je me sens bien et près duquel je voulais élever mes enfants pour leur offrir un cadre naturel qui prête à l’évasion. Un lieu où tous les rêves sont possibles..."

"De ma Bretagne aux terres australes"

Katell, Locquémeau, juin 2019

"Ma maison sur la falaise est mon camp de base, mon havre de paix. C’était une ruine, et je l'ai transformée en un lieu agréable pour vivre avec mes livres d'aventures, mon cheval, mes chiens... C'est ici, dans les côtes d'Armor, que je vis, me ressource, avant de repartir pour de nouvelles aventures. D'aussi loin que je m'en souvienne, j'ai toujours eu la passion des grands espaces, de la nature sauvage, des expéditions. Je rentre d'ailleurs à peine du festival Etonnants Voyageur à Saint Malot où je me ressource et vais chercher des sources d'inspiration. Gamine, je lisais déjà tous les grands écrivains du voyage, du grand ouest américain, des amérindiens... Ce sont ces thèmes qui ont guidé ma vie et m'ont amené à la passion du kayak, des chevaux, de la photographie de nature. De ces mondes qui faisaient briller mes yeux d'enfant, j'en ai fait parfois des métiers, en travaillant pendant des années dans la cascade équestre sur les tournages de films, les spectacles.


Je suis également partie en Arctique et en Antarctique, où j'ai tout d’abord tourné un film institutionnel pour l'Institut Polaire et un documentaire sur les recherches scientifiques dans le grand sud, pour la télévision. J'ai aussi travaillé aux côtés des équipes de Jacques Perrin en Antarctique pour le tournage du film « Océans ». Au total j’ai passé sept étés australs en Terre Adélie, en tant que pilote de tracteur polaire pour ravitailler la base scientifique de Concordia, conductrice d’engins et de bateaux, technicienne et logisticienne. Ce sont ces expériences qui m'ont fait ressentir à quel point je ne suis moi-même qu'en sortant de ma zone de confort. Là bas, plongée dans le grand blanc, dans le désert le plus vaste et intense du monde, j'ai été fascinée par la beauté des grands espaces, la pureté des lumières, l'intensité des lieux, la simplicité et la force des expériences que nous avons vécu en équipe. Au delà des images de faune de et de paysages que j'ai pu ramener, au delà des souvenirs de ces émotions intenses lorsque je traversais l'Antarctique pendant 3 semaines sur mon tracteur polaire pour rejoindre la base, c'est surtout l'énergie de vie dont je me nourris, l'énergie de ces expériences qui une fois vécues, me font revenir ici, et vouloir repartir pour explorer encore davantage. Enfant, je rêvais de marcher sur la banquise ! Ce rêve s’est réalisé mais il y en a d’autres, comme celui d'aller rencontrer les peuples amérindiens qui ont nourri mon âme d'enfant, faire d’autres films, des photographies...


Entre temps je travaille dans une association culturelle, je monte des projets et des petits festivals de cinéma autour des peuples et des cultures d’ailleurs, et profite des charmes incomparables de ce petit coin de littoral cher à mon coeur."

"Créer les conditions d'un monde meilleur"

Cécile, Pougrescant, juin 2019

"J'ai appris le métier sur le tas, en travaillant en tant qu'ouvrière agricole dans une exploitation maraîchère bio en Essonne, région dont je suis originaire. C'est après plusieurs constats que le souhait de créer mon activité est né. D'abord je n'acceptais pas que notre génération se voit offrir si peu de places sur le marché du travail, des places uniquement réservées à des gens surdiplômés. Ensuite je ne voulais pas participer à un monde où le développement industriel entraîne bien souvent pollution, perte et gaspillage, dans un rapport destructeur à la nature. Cela m'a amené à réfléchir à un autre modèle, qui serait basé non pas sur la rentabilité à tout prix, mais avant tout sur le respect de notre environnement naturel et humain.


Mon but? Devenir jardinière maraîchère en travaillant en semences paysannes, c'est à dire en plantant des graines non hybrides, en privilégiant la qualité au rendement absolu, et en ayant un impact positif sur l'environnement dans chacune de mes actions. C'est cela qui m'a amené à quitter l'Ile de France pour venir m'installer ici, dans les Côtes d'Armor, et donner vie à mon projet. J'ai démarré avec pas grand chose, pour ne pas dire rien... Je suis arrivée à 32 ans avec mes deux filles sous le bras, quelques économies, et les premiers temps nous vivions toutes les trois dans un mobil home... je louais de premières parcelles que je travaillais à la grelinette et à l'arrosoir avec des méthodes proches de celles du Moyen-Age : absence de mécanisation, absence de système d'irrigation, il me fallait compenser un grand manque de moyen par de la force et du courage. quand les anciens de Plougrescant m'ont aperçu retourner mes champs à la main, seule, ou faire des kilomètres avec mon arrosoir pour irriguer mes parcelles, j'ai dû toucher leur coeur !


Alors les conseils sont arrivés, les mains fortes aussi, j'ai pu vendre ma maison en Ile de France, acheter la ferme de mes rêves, commencer à me mécaniser avec un tracteur et j'ai rencontré mon compagnon qui est venu travailler à mes côtés. 5 ans après mon arrivée, nous travaillons désormais sur 7 parcelles, vendons nos légumes et nos fleurs sur plusieurs marchés locaux, fournissons la cantine scolaire et les restaurants de la commune et proposons nos produits en vente directe à la ferme. Une communauté entière se crée, et nombreux sont mes clients à venir me prêter main forte dans les champs pour faire vivre ce projet.


Nous travaillons en permaculture et éco culture, veillons à recréer un écosystème complet, avons repris le contrôle sur la production des graines. Rien n'est facile, à commencer par les impacts du réchauffement climatique que nous subissons de plein fouet depuis plusieurs années, et qui font que même ici en Bretagne nord, nous manquons d'eau chaque année. Pour autant, nous avançons sans cesse, et nous sentons désormais portés par une énergie collective qui rassemble chaque année de plus en plus de monde. Notre ambition ne cesse de se renforcer : nous voulons répondre aux besoins alimentaires des communautés locales, régénérer l'environnement sur lequel nous travaillons, restaurer les paysages, améliorer les sols, favoriser la sécurité alimentaire et l'autonomie énergétique du territoire, contribuer à la santé des personnes en produisant des aliments biologiques, continuer à créer du lien social dans l'endroit où nous oeuvrons, et peut être un jour, travailler avec les artistes que sont les grands chefs cuisiniers. Je pense d'ailleurs que l'agriculture devrait redevenir un art, faisant aussi appel à la créativité et l'intuition humaine. Pas une journée de travail ne passe sans que nous ne cherchions à créer les conditions d'un monde meilleur, en commençant par travailler nos propres parcelles."

"Observer, dessiner, inventer"

Erwan, Dinan, juin 2019

"Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours dessiné des choses sorties de mon imagination... j'ai réalisé mes premiers croquis au Gabon, où j'ai grandi jusqu'à mes 17 ans, puisant déjà dans la nature une source d'inspiration infinie. Une fois le bac en poche, j'ai passé le concours de l'école de Design de Nantes, puis travaillé 10 ans dans l'industrie du meuble, avant de gagner des concours d'architecture intérieure et de design produit qui m'ont décidé à prendre mon envol...


Depuis, deux de mes créations sont référencées au Moma de New York, j'ai été invité sur la COP 22 au Maroc pour y parler éco-conception, et ai un bonheur infini à continuer d'inventer chaque année de nouveaux meubles ou de nouveaux objets pour la cuisine ou les arts de la table. Tout part de ces carnets, et c'est en dessinant sur ces pages que je recherche le sens et l'émotion que je donnerai à ma prochaine création. Nombre d'objets proviennent des rives de mon enfance, comme la table Sequoia en souvenir des grands arbres de la forêt équatoriale qui ont été mes compagnons de jeu, ou encore le couteau à beurre Nolwen qui par sa forme de coiffe de bigouden, rend hommage à ma grand mère que j'aimais tant et chez qui je passais mes vacances estivales.


Passionné d'océan et du littoral breton, c'est en admirant des galets sur un plage des côtes d'Armor que j'ai créé Hot, un dessous de plat en galets de silicones multicolore, imaginé un couteau en forme de carène de bateau pour la route du Rhum, créé une planche à découper avec couteau intégré que j'ai baptisée "Excalibur". Pour chacune de mes réalisations, j'ai à coeur de promouvoir le made in France, prouvant dans chacune de nos conceptions que nous avons un savoir faire technologique de haut niveau. Si nature et mes racines sont aussi présente dans mon travail, c'est aussi que je vise à échapper aux tendances, au modes, et à inscrire mes créations dans le temps, en m'inspirant d'arbres pluri centenaire pour en créer une table, d'un tas de bois pour en faire un meuble, ou d'une libellule pour créer un mélangeur à cocktail qui vient se poser tout en légèreté sur le rebord d'un verre..."

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