La Loire intégrale en Stand Up Paddle, plongée au coeur d'un fleuve sauvage - Pierre Lesueur

Présentée comme le "dernier grand fleuve sauvage d'Europe", la Loire regorge de paysages remarquables où faune et flore s'invitent tout au long des 1000 kilomètres de son parcours. Un périple qu'elle effectue au coeur de la France, de sa source dans les hauteurs du Massif Central à son embouchure dans l'immense estuaire de Saint-Nazaire. C'est cette Loire mystérieuse, sauvage et indomptable, que j'ai descendu en août 2016 sur mon stand up paddle avec le minimum de chargement pour permettre une navigation en solo, sans assistance, en mode bivouac, debout sur cette grande planche de surf. Une descente sur près de 800 kilomètres effectuée en 18 jours, de Roanne à Saint Brévin.

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Nombreux sont les voyageurs à parcourir la belle Loire en Canoë, en Kayak ou à vélo le long de ses rives. Le Stand Up paddle est lui moins rapide et habile qu’un kayak de rivière, moins adapté pour transporter du matériel qu’un Canoë, plus instable que ces deux supports et muni d’un aileron qui peut se prendre dans n’importe quel obstacle ! Mais la récompense offerte quand la rivière permet de l’utiliser avec chargement (la Loire est classée niveau 1 en été), c’est une position où tout le corps travaille en harmonie, où l’on a la chance de voir loin et où l’on ressent des sensations de glisse uniques des pieds...à la tête ! J’avais déjà effectué plusieurs itinérances sur ma planche en Dordogne, sur la Leyre, la Vilaine, le Verdon, dans le Morbihan, le long des côtes d’Armor... La Loire allait m’offrir la plus spectaculaire et la plus majestueuse de toutes, en traversant une grande partie de la France sur le plus grand de ses Fleuves.

Préparation et départ

Après une préparation physique et matérielle de plusieurs mois que je peaufine en Bretagne, je quitte Nantes avec une voiture de location fin juillet 2016 pour transporter mes 2 sacs étanches et ma planche rigide de 3,81 mètres. Tout comme pour la randonnée ou le vélo, j’ai opté pour un matériel léger et optimisé, sachant que j’allais pouvoir trouver des points de ravitaillement en nourriture tout au long des rives. Je teste l’équilibre du chargement en mer à plusieurs reprises avant mon départ, confirme son étanchéité, recueille les conseils d’amis en nutrition, sécurité, gestion de l’effort.

Un beau jour d’été, après des heures de route, je me retrouve finalement à 560 km de chez moi par la route (780km par le fleuve!), avec ma seule planche, ma rame et mon matériel de bivouac, là où le Fleuve n’est encore qu’une rivière. L’aventure peut enfin commencer !

La Loire Sauvage

Je pars au dessus de Roanne par une matinée chaude et ensoleillée, sans avoir anticipé les étapes, car pour cette partie, je veux laisser place à la découverte. Je sais que la Loire regorge d'îles sur lesquelles les bivouacs et les feux sont autorisés. J’ai un fond de sac avec 4 repas lyophilisés de “sécurité”, rame et aileron de rechange. Pour le reste, place à la découverte. La première section me fait plonger en pleine région d'élevage du boeuf charolais. Des falaises de sable, une eau ambrée, des parties larges alternent avec des gravières et des forêts alluviales. Les reflets des nuages sur l'eau, les couchers de soleil, les bancs de sable plongeant dans les profondeurs, m'offrent un spectacle de tous les instants.

Dès les premiers jours, les mots de Balzac qui parlait de la Loire comme "le plus joli ciel du monde au dessus de nos têtes" prennent tout leur sens. La navigation est technique, passionnante, car il me faut savoir anticiper les souches immergées ou les blocs de granit à fleur d’eau en cette période d’étiage afin de ne pas y accrocher l'aileron qui assure la stabilité de mon embarcation. Les crues du mois de mai dernier ont arraché nombres d’arbres le long de rives, et leurs branches immergées sont autant d’obstacles qui m’obligent à redoubler de vigilance. C’est aussi ce décor qui donne toute leur intensité à ces premiers jours et me donne à ressentir toute la puissance du Fleuve. 

J’améliore ma lecture du plan d’eau et de ses méandres piégeurs, comprends mieux la formation des bancs de sables, m’applique à passer en silence au milieu des centaines d’oiseaux qui habitent les lieux, jubile du plaisir de la contemplation dans l’effort et des récompenses que la nature propose.

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J'installe mes bivouacs sur des îles, me cale au rythme du soleil et me retrouve à ramer parfois 10 heures par jour sans croiser âme qui vive. Puis des rencontres se font, souvent riches d'apprentissage et de partage, entre un bon repas de fritures offert par des pêcheurs venus me rejoindre sur une île, un café improvisé avec un photographe passionné d'oiseaux que je rencontre au milieu du fleuve, des voyageurs à vélo, à pied, en van, venus de toute l'Europe qui m’interpellent, étonnés de me voir ici, debout sur ma drôle de planche !

La loire des Îlots et des villages de chalands

Passé Nevers, la Loire s'enrichit de son plus puissant affluent, l'Allier, qui infléchit sa course vers le nord et me fait naviguer le long de bancs de sable, d'îlots ou la faune et la flore sont en ébullition. Chevaux et bernaches marchent ensemble sur les rives, brochets et carpes filent dans le courant, buses et hérons volent dans le ciel azur. Un matin, j’ai même la chance de croiser un imposant silure, qui passe en ondulant sous ma planche, dans un petit mètre d’une eau transparente.

Je passe La Charité Sur Loire, Pouilly, Sancerre, avec une pensée pour la dégustation de vin alors que je bois parfois jusqu'à sept litres d'eau par jour. Si j’ai bien préparé mon régime alimentaire, je n’ai pas suffisamment anticipé mon niveau de consommation d’eau, qui m’impose de devoir en transporter jusqu’à 10 litres quotidien pour m’assurer des bénéfices de l’eau minérale à défaut d’une eau filtrée, et m’oblige à me charger au delà de ce que j’avais prévu. Et si je manque l’arrêt au village du jour, le prochain est parfois à une journée supplémentaire de navigation. Au gréé des jours, le soleil laisse parfois place à la pluie ou à l’orage, et la planche comme le bonhomme connaissent quelques réparations pour soigner une voie d'eau et une infection. C’est l'occasion de faire des rencontres généreuses et bienveillantes, ou je reçois des aides inattendues dans un camping le long de ma route, pour récupérer un aileron de rechange supplémentaire ou calmer le feu d’un panari formé dans mes chaussons néoprènes que j’utilise pour marcher dans les gravières quand je dois tirer mon matériel.

La Loire des Rois et des Châteaux

Passé Orléans, les beautés sauvages des deux premières sections laissent place à des paysages où la Nature et la Pierre cohabitent de façon merveilleuse. Je longe Blois la majestueuse, Chaumont qui abrite un des châteaux majeurs du Val de Loire, Amboise et son Histoire à fleur de rive. Je bivouaque toujours sur des îles où les soleils couchants rivalisent de beauté avec les levers, quand la brume glisse encore au dessus du Fleuve en éveil. Les rencontres sur l'eau se font plus nombreuses et je sympathise notamment avec deux voyageurs au long cours comme moi, qui effectuent la descente intégrale en Kayak. Ensemble, nous cheminerons jusqu'à la dernière grande section de cette aventure, la Loire maritime.

Je bivouaque toujours sur des îles où les soleils couchants rivalisent de beauté avec les levers, quand la brume glisse encore au dessus du Fleuve en éveil. Les rencontres sur l'eau se font plus nombreuses et je sympathise notamment avec deux voyageurs au long cours comme moi, qui effectuent la descente intégrale en Kayak. Ensemble, nous cheminerons jusqu'à la dernière grande section de cette aventure, la Loire maritime.

La Loire maritime

Enrichie de l'Allier à Candes Saint Martin, puis du Maine à l'ouest d'Angers, la Loire s'élargit et offre une navigation sur un puissant “tapis roulant". Des chapelets d'îlots et des berges sablonneuses dessinent ma route, dans des portions où le lit du fleuve atteint parfois plusieurs kilomètres de large. Une ambiance maritime se rapproche, au grée des villages ligériens dont la pierre blanche vient se refléter dans le bleu de l'eau. Je passe Nantes avec mes deux compagnons de rame rencontrés plus haut, et nous cheminerons ensemble jusqu'à l'océan, dans l’imposant estuaire.

Passé le Pont de Saint-Nazaire, dernière porte de ma descente, je regarde une dernière fois l'estuaire et l'océan dans lequel la Loire se déverse. Me reviennent les souvenirs des premiers jours où ce Fleuve immense n'était qu'une rivière. Les eaux transparentes ont laissé place aux profondeurs maritimes. Les carpes, brochets, hérons, rapaces sont remplacés par les cormorans, les mouettes et les sterns. Les toues, gabares, barques, sont devenus de monumentaux navires de marchandise ou de croisière. Les bancs de sables ou les gravières qui ne laissaient parfois passer que des filets d’eau sont devenus un estuaire de 10 kilomètres de large, qui s’ouvre vers un océan sans berge. Et moi, minuscule bonhomme sur sa petite planche, j’esquisse un sourire qui ne me quitte plus. Je me sens l’hôte privilégié d’une rivière millénaire qui a bien voulu me faire découvrir ses beautés, sa puissance et ses innombrables richesses, et me conduire jusque là, sa destination finale.


Vidéo

Les chiffres clés de la descente


* 772 kilomètres parcourus,

* 14 jours de navigation hors "arrêt au stand". Moyenne de 55 km par jour, kilomètres dont les variations dépendaient du vent, du niveau d’eau, et de la forme du rameur ! Le courant quant à lui, est à son minimum en août (période d’étiage) avec une moyenne de 242M3 relevés à Saint Nazaire pour une moyenne annuelle de 930M3. Bien plus que dans mes autres expériences de navigation fluviale, la Loire fonctionne “en escalier”, avec des zones sans courant, et d’autres ou l’on accélère, avec de nombreux méandres à lire.

* Environ 27 kilos de matériel chargés, dont 10 d’eau pour une consommation moyenne de 5 à 7 litres.

* 6 Kilos de masse graisseuse perdus en 18 jours

* 112 ponts passés, dont certains nécessitaient le contournement ou le passage à la corde (notamment les vieux ponts des villes royales).

* 4 centrales nucléaires sur le parcours dont 3 qui doivent être contournées par la rive

* 280 kilomètres du parcours classés au Patrimoine Mondial de l’Unesco,

* Un bassin versant de 117000 KM2 qui représente un cinquième du territoire français

* La Loire produit entre 500 000 et 1 million de tonnes de sable par an.


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